A Hambourg du LFH au LFA : un changement de lettre pour de grandes ambitions

« Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. »

Saint-Exupéry, Terre des hommes, 1939

et souhaitable

Le 31 août 2016, le jour de la pré-rentrée c’est devenu officiel : le Lycée français de Hambourg, établissement à gestion parentale deviendra à l’horizon de 2020 un lycée franco-allemand sur le modèle des 3 LFA existants, fondés à la suite du traité de l’Elysée (1963). Les LFA de Sarrebrück et Freiburg sont des établissements de statut public dans leur Land respectif, établissements à gestion directe dans le réseau des établissements de l’AEFE. La nouvelle était d’importance, pour que Madame Grafto, Conseillère Culturelle Adjointe, Déléguée de la Direction de l’AEFE à Berlin et Monsieur Suard, Conseiller Culturel, se déplacent tout exprès ce jour-là au Lycée Français pour l’annoncer aux représentants des personnels.

Si l’information ne nous a officiellement été transmise qu’à la pré-rentrée, le Comité de Gestion parental de l’établissement était déjà au courant dès le printemps 2016. Il faudra attendre ensuite la réunion d’information et d‘échanges organisée au lycée en présence des représentants de l’administration hambourgeoise (BSB) et du service culturel du 7 novembre pour apprendre que le ministre des Affaires Etrangères, Jean-Marc Ayrault a officiellement donné son accord le 17 octobre pour que des groupes de travail se constituent autour de ce projet.

 

En parallèle, nous avons eu un premier contact avec le Consul général, Monsieur Toulouse le 16 octobre, avec Monsieur l’Ambassadeur le 22 novembre et divers échanges avec madame Grafto et monsieur le député Pierre-Yves Le Borgn’. Enfin, nous avons tenu informé le SNES Allemagne, ainsi que le SNES HDF qui est intervenu à plusieurs reprises sur ce sujet à Paris, notamment lors du Comité Technique de l’AEFE du 8 novembre 2016 et du Conseil d’Administration de l’AEFE du 22 novembre.

Dans sa circulaire n°1 de novembre 2016, le SNES HDF constatait pour le déplorer aussitôt, la situation suivante de l’Agence : « En parallèle, de plus en plus de réponses démontrent clairement que l'Agence ne fait plus qu'accompagner des décisions prises ailleurs (déconventionnement du CFBL, avenir du lycée de Hambourg, décisions du MEN concernant les détachements, organisation du Baccalauréat, suivi de l'homologation, Z) » (https://www.hdf.snes.edu/IMG/pdf/hdf_infos_1-4.pdf). Il est vrai que s'agissant du futur LFA, si nous n'avons pas de position dogmatique sur le projet qui est de nature politique, nous n’avons pas à cette heure suffisamment de garanties pour l’envisager en toute sérénité.

Quelle est la position du SNES Hambourg et qu'envisageons-nous dans les mois qui viennent ?

Notre position part d'un constat de base que nous rappelons sans cesse à nos interlocuteurs français comme allemands : il s'agit du côté français d'une transformation et non d’une création. Cette différence de dénomination est essentielle, car elle traduit une différence de perspective. Pour Hambourg, il s’agit bien de créer un établissement exemplaire ex nihilo. Du côté du LFH, il s’agit de tenir compte d’un établissement qui jusqu’à présent, a montré, si l’on en reste à des critères objectifs et vérifiables, comme les résultats obtenus par les élèves aux différents examens français comme hambourgeois ou le nombre de projets en cours de la primaire à la Terminale, sa vitalité et la qualité de l’enseignement. Le rayonnement de notre établissement, on le doit bien à l’ensemble des personnels en place, enseignants comme non enseignants. De là découlent nos prises de positions à partir de l'existant.

1. la prise en compte globale dans le nouveau dispositif des personnels qui ont assuré le bon fonctionnement du LFH reflété par l’augmentation constante de ses effectifs.

Cette position n'implique pas de notre part une attitude agressive et/ou dogmatique à l’encontre de nos interlocuteurs. Nous avons une plus ou moins longue expérience en la matière derrière nous... Nous savons que toutes les voies doivent être étudiées pour arriver à cet objectif et nous sommes prêts pour ce faire, à travailler avec tous ceux qui, au Betriebsrat, Vorstand, syndicats allemands ou français partagent cette position.

Nous sommes prêts à suivre toutes les pistes : négociation, voie juridique, et. Mais, seulement, nous sommes déterminés dans cette revendication...

Nous pouvons par ailleurs, par le biais du SNES remonter nos préoccupations jusqu'à Paris ou Berlin. Nous espérons en retour un soutien actif de notre centrale syndicale...

L'important est d’atteindre ce but.

2. le maintien d'une filière baccalauréat pérenne, ce qui serait une spécificité de ce futur LFA, mais qui se justifie à nos yeux du fait de l'éloignement du Land de Hambourg et par notre défense d'un principe fondamental d'une des missions de l'AEFE : un service public de l'enseignement français à l'étranger permettant à nos ressortissants de scolariser dans les meilleures conditions leurs enfants. Cette filière ne devra pas sa pérennité uniquement à la loi de l'offre et de la demande, mais d'abord à la place qu'on voudra bien lui accorder dans le futur établissement. Elle ne pourra en aucun cas se réduire à un enseignement assuré par le CNED ;

3. un accompagnement conséquent des collègues en termes de formation. Nous insistons d'ores et déjà sur cette difficile période de transition pour nous tous, pris entre les réformes présentes, à venir, et l'adaptation à un autre système éducatif à l'horizon des années 2020.

4. Nous nous interrogeons en particulier sur l'implication financière de la France dans le projet, dans un contexte budgétaire difficile pour l'AEFE et dans la perspective d’échéances électorales majeures cette année, sachant que la France s’engage sur la reprise intégrale du traitement de 16 collègues résidents détachés du secondaire, soit un surcoût pour l’Agence de 500.000 euros par an.

 Qu'envisageons-nous ?

 - nous sommes prêts à travailler avec tous ceux qui le souhaitent, sans exclusive. C’est ce que nous faisons d’ores et déjà avec le Comité d’entreprise (le Betriebsrat), le Comité de Gestion parental, les associations de parents et les syndicats SGEN et GEW avec qui nous nous sommes mis en contact ;

- nous participons aux groupes de travail (« bâtiments », « pédagogie », « ressources humaines et contrats ») qui se sont mis en place. Nous mesurons ainsi les problèmes qui sont autant de défis à relever, et autant d’interrogations encore en suspens, notamment sur le devenir de nos collègues contrats locaux : quelles modalités de reprises ? Selon quelles conditions de rémunération et de requalification ? Pourquoi l’AEFE ne prend-elle pas en compte les contrats locaux dans le futur LFA, établissement à gestion directe ?

- nous solliciterons les représentants de la France localement comme à Berlin, comme les formations politiques localement sur le sujet ;

- en fonction des informations qui se préciseront, nous tiendrons informés notre syndicat pour qu'il relaie éventuellement nos préoccupations. Nous solliciterons des entretiens avec nos interlocuteurs français ou hambourgeois.

 En définitive, c’est un vrai défi qui s’ouvre à nous avec ce projet de transformation de notre établissement. Ce défi se décline d’ailleurs en des interrogations majeures qui traversent largement la communauté scolaire française à Hambourg. Quel projet pédagogique proposer alors que le lycée français de Hambourg n’est pas dans un Land frontalier comme ses homologues fribourgeois ou sarrois et que l’offre en français est déjà très présente dans le Land ? Comment assurer l’accueil de tous les enfants français et leur permettre une bonne réinsertion dans le système français en cas de départ ? Comment rendre ce projet attractif et permettre une bonne mise en route de ce futur établissement ? Comment s’assurer de la reprise dans les meilleures conditions des personnels déjà en place ? Comment s’assurer du financement du futur LFA du côté français ? Comment assurer une continuité pédagogique entre le primaire et le secondaire ?

Gageons que les groupes de travail proposeront des pistes. Mais, quelles seront in fine les modalités de décision ? En cas de litige, quelles seront les procédures d’arbitrage ? Des questions sans réponses précises qui nous laissent encore dans l’incertitude…

 Le lundi 23 janvier 2017, madame N. Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education Nationale, s’est rendue à Hambourg dans le cadre de la journée franco-allemande. Cela aurait pu être l’occasion de rencontrer la communauté scolaire et de la rassurer quelque peu. Rendez-vous manqué.

 Stéphane Richeux

Secrétaire S1 – SNES Hambourg